Rappel rapide sur la CSRD
La Corporate Sustainability Reporting Directive est une directive européenne adoptée fin 2022, qui oblige progressivement les entreprises à publier un rapport de durabilité standardisé, audité par un commissaire aux comptes ou un OTI.
Le calendrier d'entrée en vigueur s'étale de 2024 à 2028 selon la taille des entreprises. En 2026, ce sont les grandes entreprises non cotées et les ETI qui sont concernées pour la première fois sur leur exercice 2025. À partir de 2027, les PME cotées suivent. À partir de 2028, certaines PME non cotées via le standard volontaire VSME.
Au final, ce sont environ 50 000 entreprises européennes qui sont concernées, dont environ 7 000 en France.
Pourquoi les cabinets sont particulièrement bien placés
Trois raisons font des cabinets d'expertise comptable les partenaires naturels du rapport CSRD.
D'abord, la donnée comptable. Une partie significative des indicateurs ESRS (les standards CSRD) repose sur des données comptables : chiffre d'affaires par activité, énergie consommée, achats par catégorie, masse salariale par poste. Le cabinet a déjà ces données, ou peut les produire facilement.
Ensuite, la rigueur méthodologique. Le rapport CSRD doit être audité. La méthodologie doit être documentée, la traçabilité assurée. C'est exactement ce que les cabinets savent faire avec les comptes annuels.
Enfin, la relation client. Le cabinet est déjà le partenaire de confiance pour les sujets stratégiques de l'entreprise. Élargir le périmètre à la durabilité est naturel.
Le périmètre des prestations possibles
Plusieurs niveaux de mission sont envisageables.
Niveau 1 : la cartographie de matérialité
Première étape de tout rapport CSRD : identifier les sujets matériels pour l'entreprise (sa double matérialité, financière et d'impact). C'est un travail de cadrage stratégique, qui se facture entre 5 000 et 25 000 € selon la taille du client.
Niveau 2 : la collecte des données
Une fois les sujets matériels identifiés, il faut collecter les données. Le cabinet peut accompagner la mise en place du dispositif, choisir les indicateurs, paramétrer les outils de collecte. Mission à forte valeur, facturée à la journée ou au forfait.
Niveau 3 : la rédaction du rapport
Rédaction du rapport conforme aux ESRS, validation des chiffres, harmonisation avec les autres communications de l'entreprise. Mission technique, en coopération avec la direction RSE quand elle existe.
Niveau 4 : l'accompagnement à l'audit
Préparation du dossier d'audit, dialogue avec le commissaire aux comptes ou l'OTI. Le cabinet joue le rôle de chef d'orchestre.
Les compétences à développer
Le rapport CSRD demande des compétences que la formation classique d'expert-comptable ne couvre pas entièrement. Quelques manques fréquents.
La compréhension fine des ESRS (12 standards thématiques au total : ESRS E1 climat, E2 pollution, E3 eau, E4 biodiversité, E5 économie circulaire, S1 personnel, S2 chaîne de valeur, S3 communautés, S4 consommateurs, G1 gouvernance, plus 2 transversaux). Plusieurs centaines de pages de réglementation à digérer.
Le bilan carbone (Scope 1, 2, 3) qui demande un savoir-faire spécifique sur la collecte des données énergétiques et de transport.
Les enjeux ESG sectoriels : climat dans le BTP, eau dans l'agroalimentaire, droits humains dans le textile. Ce sont des sujets longtemps réservés aux consultants spécialisés.
La bonne nouvelle, c'est qu'il existe des formations dédiées aux experts-comptables, et qu'un cabinet peut très bien se spécialiser sur 2 ou 3 secteurs plutôt que tout couvrir.
La tarification, là où ça devient intéressant
Les missions CSRD se facturent à des niveaux significativement supérieurs aux missions classiques. Quelques benchmarks observés.
Une cartographie de matérialité pour une ETI de 200 salariés se facture entre 12 000 et 25 000 €.
Un accompagnement complet sur un premier rapport CSRD pour une ETI se facture entre 40 000 et 120 000 € selon la complexité.
Un suivi annuel récurrent, après le premier rapport, se facture entre 15 000 et 40 000 € par an.
À titre de comparaison, la production comptable annuelle de la même ETI tourne entre 25 000 et 60 000 € selon la complexité.
Le marché CSRD est donc un vrai relais de croissance pour les cabinets qui s'y positionnent tôt.
Les écueils à éviter
Première erreur : prendre la mission à perte la première année pour se faire la main. C'est tentant, c'est compréhensible, mais ça crée un précédent tarifaire difficile à corriger.
Deuxième erreur : sous-estimer la charge de la première mission. Compter 15 à 25% de marge sur une mission CSRD première édition. La répétition rend les missions suivantes beaucoup plus rentables.
Troisième erreur : vendre l'audit ESG en même temps que le rapport. Conflit d'intérêts. Le cabinet rédige, un OTI ou commissaire aux comptes externe audite. Ne mélangez pas les rôles.
Conclusion
La CSRD n'est pas une mode, c'est une transformation durable de la profession. Les cabinets qui s'y positionnent dès 2026 captent des missions à forte valeur ajoutée et fidélisent leurs clients sur le long terme.
Ceux qui attendent risquent de voir ces missions partir vers des spécialistes RSE qui se passent du cabinet. Or, le rapport CSRD est tellement intriqué avec les comptes que perdre cette mission, c'est risquer de perdre la mission comptable elle-même à terme.
Une vraie opportunité stratégique à ne pas manquer.